Peut-on un jour se passer des services des GAFAM en Europe ?
Chaque jour, nous utilisons sans y penser des services liés aux géants du numérique : Google pour nos recherches, Apple pour nos téléphones, Microsoft pour le travail, Amazon pour le cloud ou nos achats, Facebook pour communiquer. Ces entreprises, connues sous l'acronyme GAFAM, façonnent une grande partie de notre vie numérique. Mais en Europe, de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer une souveraineté technologique.
Une dépendance omniprésente et invisible
Il suffit d’observer une journée ordinaire pour constater notre attachement : adresse mail sur Gmail, agenda synchronisé, photos stockées dans un cloud américain, smartphone sous Android, appels vidéos sur WhatsApp, documents sur OneDrive… Même sans être un expert en informatique, nous sommes tous concernés.
Scénario de dépendance : des photos synchronisées uniquement avec un ancien compte Google peuvent devenir difficiles d’accès. Vérifiez les comptes utilisés, les copies locales et les méthodes de récupération.
Pourquoi l’Europe veut reprendre le contrôle
Face à cette domination américaine, l’Union européenne veut reprendre la main sur son avenir numérique. Et ce n’est pas seulement une question de fierté : c’est une question de sécurité, d’indépendance stratégique et de respect des données personnelles.
Le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) a été une première réponse. Depuis, d'autres initiatives ont vu le jour : Digital Markets Act, Digital Services Act, projets de cloud souverain… Le message est clair : l'Europe veut réduire sa dépendance aux GAFAM.
Des alternatives européennes crédibles… mais encore limitées
Bonne nouvelle : il existe déjà des alternatives européennes à la plupart des services des GAFAM. En voici quelques exemples concrets :
- Proton (Suisse) pour les mails, le cloud et le calendrier, avec un haut niveau de confidentialité.
- Qwant (France) comme moteur de recherche respectueux de la vie privée.
- Infomaniak (Suisse) pour l’hébergement et le cloud personnel.
- OnlyOffice ou CryptPad comme suites bureautiques collaboratives.
- Framasoft, un collectif proposant des dizaines d’outils libres et décentralisés.
Exemple de démarche : une PME peut évaluer OnlyOffice et un hébergement cloud comme Infomaniak pour réduire sa dépendance à un fournisseur. La migration exige un inventaire, des tests, des sauvegardes, de la formation et l’examen des compromis.
Le vrai nœud du problème : les smartphones
C’est sur le terrain des téléphones mobiles que la dépendance est la plus forte. Aujourd’hui, plus de 99 % des smartphones tournent sous Android (Google) ou iOS (Apple). Sortir de ces écosystèmes reste extrêmement difficile pour un utilisateur moyen.
Il existe des alternatives comme GrapheneOS, /e/OS ou PostmarketOS (basées sur Android ou Linux), mais elles demandent souvent des compétences techniques poussées, ou bien sacrifient des fonctionnalités essentielles comme les notifications push ou la compatibilité avec les applications bancaires.
Autrement dit : à l’heure actuelle, il est quasiment impossible pour un particulier ou une entreprise de fonctionner sans Google ou Apple sur smartphone, sans une perte d’usabilité majeure.
Et du côté de l’intelligence artificielle ?
Là aussi, les géants américains dominent : OpenAI, Google, Microsoft, Amazon… Ces entreprises ont des bases de données massives, des infrastructures colossales et une avance technologique importante.
L’Europe tente de réagir avec des initiatives comme Hugging Face (cofondé par un Français), le projet Gaia-X ou encore le développement de modèles IA souverains. Mais l’IA repose sur une matière première rare : les données. Et dans ce domaine, l’Europe accuse un retard, car elle protège (à juste titre) les données personnelles, ce qui freine parfois l’innovation.
Alors… peut-on un jour se passer des GAFAM ?
Voici ma réponse, après des années d’expérience en dépannage informatique auprès de particuliers, d’indépendants et de TPE autour de Charleroi :
- Oui, pour les outils de base : email, traitement de texte, cloud, navigation web… Des alternatives solides et respectueuses de la vie privée existent, et peuvent convenir à un usage personnel ou à certaines structures professionnelles.
- Non, pas encore pour les smartphones et l’IA : les systèmes sont trop verrouillés, les écosystèmes trop ancrés, et l’alternative encore trop technique.
Mais les choses évoluent. Et plus nous serons nombreux à tester, utiliser, recommander ces solutions européennes, plus elles progresseront. Ce changement ne viendra pas uniquement d’en haut (gouvernements ou lois), mais aussi de nos choix quotidiens.
Comme je le dis souvent à mes clients à Marcinelle : « Ce n’est pas en un jour qu’on quitte Gmail, mais chaque pas compte. »
